Environnementalisme

L’environnementalisme est un courant de pensée résultant du mélange de plusieurs préoccupations sociales. Il est né dans les années 1960 à une époque où de nombreux mouvements sociaux ont émergés comme les mouvements pour la Paix et les droits civils (Guha 2000).

La naissance de l’environnementalisme s’est effectuée en deux phases. La première est apparue en réaction à l’industrialisation et se décline selon trois principaux courants :

  • le retour à la terre (critique de l’industrialisation et des conditions de vie des travailleurs et de leurs familles dans les usines et les mines, et idéalisation du monde rural et de ses traditions);
  • la conservation scientifique (appel à une gestion durable des ressources basée sur des arguments scientifiques empiriques);
  • l’idée de wilderness (nécessité – morale, esthétique et scientifique – de protéger une nature pure, vierge et sauvage, un habitat ou une espèce spécifiques) (Adler 2006 :4 ; Guha 2000; Taylor 2001). L’idée de wilderness se caractérise par la volonté de préserver certains territoires du développement, elle s’est traduite par la création de forêts nationales, de parcs nationaux, régionaux, de refuges et de réserves, un des moments clés de cette tendance est l’établissement du Parc National de Yellowstone en 1871 (Devall 1991 : 157).

À partir des années 1960, l’environnementalisme moderne a vu ces trois grandes tendances se transformer avec l’essor du mouvement. Après la seconde guerre mondiale et la décolonisation, les ressources naturelles étaient perçues comme illimitées et à la disposition de toutes les nations pour leur développement vers le progrès (Guha 2000). En 1962, la biologiste Rachel Carson avec la parution de son livre Silent Spring, lève le voile sur la contamination généralisée de l’environnement par des produits dangereux en particulier les pesticides (Carson 1962). Les environnementalistes se dédiaient jusque-là à la protection d’espèces menacées et de paysages scéniques, c’est Silent Spring qui leur a permis d’aller au-delà, de réaliser la complexité des écosystèmes (Carson 1962 ; Guha 2000). L’environnementalisme moderne regroupe plusieurs courants lui aussi, parmi lesquels on retrouve la « deep ecology » (approche très bio-centrique où la nature a une valeur intrinsèque), le courant pour l’éco-efficience (qui défend une croissance verte) et l’environnementalisme des pauvres (Martinez-Alier 2002). L’environnementalisme des pauvres insiste sur l’apparition de conflits liés à la distribution non équitable des ressources et des dégradations environnementales, résultats de la croissance économique et des inégalités sociales (Robbins 2004, Blaikie & Muldavin 2014, Escobar 1999).

Ce courant, lié aux mouvements pour les droits civils et anti-colonialistes et engagé contre le racisme environnemental, met en avant la vulnérabilité accrue des populations les plus défavorisées face aux dégradations environnementales et la soutenabilité des pratiques locales autochtones et traditionnelles (Martinez-Alier 2002). Il a pris une grande ampleur depuis les années 1990 cependant il fait face à un lobby anti-environnementaliste fort (Martinez-Alier 2002 :15).

À partir des années 1980, ce n’est plus seulement l’industrie qui joue un rôle décisif dans la dégradation de l’environnement mais un mélange de technologies, de valeurs économiques, éthiques, idéologies politiques et religieuses, et de savoirs (Milton 1996). L’environnementalisme est un projet socio-politique visant à protéger certains habitats et espèces, et à prévenir la dégradation de l’environnement en développant aussi des modes de vie et des technologies différentes (Guha 2000). Dans son sens le plus large, c’est un « ensemble de constructions sociales (représentations, discours) de la nature et de la capacité à agir des humains » (Brosius 1999 : 278 [traduction libre]). L’anthropologie a donc un rôle critique à jouer, pas seulement pour mieux comprendre les impacts des populations humaines sur l’environnement, mais pour « montrer comment cet environnement est construit, représenté, revendiqué et contesté » (Brosius 1999 : 277 [traduction libre], Milton 1996).

(Sarah Pezet, février 2016)

***

Références :

Adler, Judith, 2006. « Cultivating Wilderness: Environmentalism and Legacies of Early Christian Asceticism », Comparative studies in society and history, 48 (1) : 4-37.

Blaikie, Piers et Joshua MULDAVIN, 2014. « Environmental Justice? The Story of Two Projects », Geoforum, 54 : 226-229.

Brosius, J. Peter, 1999. « Analyses and Interventions: Anthropological Engagements with Environmentalism», Current Anthropology, 40 (3) : 277-310.

Carson, Rachel, 1962, Silent spring, New York: Mariner Books Ed.

Devall, Bill, 2006.« The End of American Environmentalism?», Nature and Culture, 1 (2) : 157-180.

Escobar, Arturo, 1999.« After Nature: Steps to an Antiessentialist Political Ecology», Current Anthropology, 40 (1 ): 1-30.

Guha, Ramanchadra, 2000. Environmentalism: A global history, New York: Longman.

Martinez-Alier, Joan, 2002. The Environmentalism of the Poor, Bath: Edward Elgar Publishing.

Milton, Kay, 1996. Environmentalism and Cultural Theory: Exploring the Role of Anthropology in Environmental Discourse, London: Routledge.

Robbins, Paul, 2012. Political Ecology: A Critical Introduction. 2nd edition, Oxford: Blackwell.

Taylor, Bron, 2001.« Earth and Nature-Based Spirituality (Part I): From Deep Ecology to Radical Environmentalism», Religion, 31 (2) : 175-193.

Image utilisée: Marche Action Climat dans la ville de Québec en avril 2015. Une marche de sensibilisation et de revendication de plus grandes politiques afin de contrer les changements politiques de même que l’exploitation des sables bitumineux (Sarah Pezet 2015) 

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