Histoire environnementale

L’histoire environnementale est l’étude dans le temps et l’espace des dimensions sociales, culturelles, matérielles, politiques, économiques et intellectuelles des interactions société-environnement. L’histoire environnementale insiste sur l’importance d’un examen approfondi de l’évolution de chaque élément du binôme société-environnement, les transformations de leurs relations et leurs impacts, tant à l’échelle locale que globale (Hughes 2001; Crumley 2003; McNeill 2003; Balée 2006).


William Cronon (1992) s’est intéressé, entre autres, à la mise en récit de la conquête de l’Ouest états-unien avec, comme trame narrative, le Dust Bowl – une période dans les années 1930 marquée par d’intenses tempêtes de poussière et de sable qui ont causé d’importants dommages dans l’Ouest états-unien et canadien.  Images tirées du site Library of Congress du gouvernement des États-Unis. Crédits: (image 1 et 2) Arthur Rothstein (1936), (image 3) Dorothea Lange (1937).


L’histoire environnementale s’est constituée et structurée dans les années 1970 aux États-Unis par une communauté de chercheurs, essentiellement historiens, pour ensuite se diffuser en Europe et s’internationaliser dans les années 1990 (Crumley 2003; Fressoz et al. 2014; Quenet 2014). Le développement de ce champ de recherche a d’ailleurs été porté par le foisonnement de la pensée environnementaliste et le mouvement populaire de conscientisation écologique des années 1960-1970 aux États-Unis (Quenet 2014 : 20).

L’historien John Opie est considéré comme le principal artisan de la constitution de l’histoire environnementale en tant que champ de recherche scientifique (Fressoz et al. 2014 : 6; Quenet 2014 : 32). S’inspirant des études féministes et afro-américaines, John Opie a voulu donner une voix aux éléments naturels trop longtemps oubliés de l’histoire officielle et constamment représentés comme dominés par l’humain (Fressoz et al. 2014 : 4).

Dans les années 1990, le champ d’étude a maturé et gagné en dynamisme lorsque son modèle états-unien a été approprié par plusieurs pays qui l’ont ensuite adapté à leur réalité sociale (Fressoz et al. 2014 : 7-8). Dès lors, les objets d’étude de l’histoire environnementale ont subi une diversification et une spécification selon les terrains d’enquête et les enjeux propres au territoire d’étude. Aujourd’hui, l’histoire environnementale est un programme de recherche multidisciplinaire.

Ses fondements théoriques

L’anthropologue Balée (2006) a joué un rôle majeur dans la définition théorique du champ de recherche. Pour Balée (2006 : 76), l’histoire environnementale (il préfère le terme histoire écologique) est basée sur quatre postulats interdépendants : tous les environnements naturels sur la Terre ont été, d’une manière ou d’une autre, affectés par les activités humaines bien avant l’avènement de l’agriculture; les actions des humains sur la nature et sa diversité s’insèrent dans un contexte socioculturel et historique précis; les sociétés ayant les mêmes caractéristiques socio-économiques, politiques et culturelles tendent à avoir un impact similaire sur l’environnement; et finalement, les interactions des humains avec le paysage qu’ils ont contribué à construire peuvent être étudiées comme un phénomène total.

Le champ de recherche de l’histoire environnementale considère l’environnement naturel comme un acteur à part entière de l’histoire de l’humanité, ou plutôt de l’histoire commune des humains et des non-humains. La nature n’est pas une toile de fond sur laquelle se déroule l’action humaine : elle a sa propre agency en plus d’être en constante interaction avec les humains (Opie 1983). Comme son nom l’indique, l’histoire environnementale permet de documenter simultanément les changements sociaux, culturels et environnementaux s’opérant dans une société par la mise en récit d’un enjeu environnemental s’articulant de façon cyclique ou dans la longue durée sur un territoire donné (Fressoz et al. 2014 : 6; Quenet 2014 : 238). Un récit, émis par un chercheur, est une construction narrative des relations entre un groupe humain et un environnement naturel de même que des impacts que chacun a sur l’autre, du passé jusqu’à aujourd’hui.

L’historien Cronon (1992) est une figure marquante de la méthode de la mise en récit, notamment en identifiant deux schémas narratifs à toutes histoires environnementales : un schéma basé sur une logique de progrès et un autre s’appuyant sur une logique de déclin. Qu’il s’agisse d’un récit symbolisant le savoir-faire de l’humain face à l’adversité de la nature (récit de progrès) ou d’un récit évoquant l’irresponsabilité humaine face à la fragilité de la nature (récit de déclin), les narrations incarnent des valeurs et des significations propres à l’expérience qu’ont des groupes d’individus des transformations du paysage qu’ils habitent, côtoient ou connaissent.

Pour Fressoz et al. (2014), cinq grands axes découpent la variété d’objets pouvant être investigués en histoire environnementale actuellement : la privatisation, l’optimisation et la conservation des ressources naturelles; les menaces et les régularisations environnementales; la marchandisation, l’appropriation et la consommation de la nature; les enjeux environnementaux à l’échelle globale; de même que la question de l’évolution des climats.

(Nakeyah Giroux-Works, février 2016)

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Références

Balée, William, 2006. « The Research Program of Historical Ecology », Annual Review of Anthropology, 35: 75-98.

Cronon, William, 1992. « A Place for Stories: Nature, History, and Narrative », The Journal of American History, 78 (4): 1347-1376.

Crumley, Carole L., 2003. « Historical Ecology: Integrated Thinking at Multiple Temporal and Spatial Scales »: 15-28, In Alf Hornborg et Carole L. Crumley (dir.), The World System and the Earth System: Global Socioenvironmental Change and Sustainability Since the Neolithic. Walnut Creek: Left Coast Press.

Fressoz, Jean-Batiste, Graber, Frédéric, Locher, Fabien et Grégory Quenet, 2014. Introduction à l’histoire de l’environnement, Paris: La Découverte.

Hughes, Johnson D., 2001. « Introduction. History and ecology »: 1-11, An Environmental History of the World: Humankinds Changing Role in the Community of Life, London: Routledge.

McNeil, John R., 2003. « Observations on the Nature and Culture of Environmental History », History and Theory, 42 (4): 5-43.

Opie, John, 1983. « Environmental history: pitfalls and opportunities », Environmental Review, 7 (1): 8-16.

Quenet, Grégory, 2014. Qu’est-ce que l’histoire environnementale?, Seyssel: Champ Vallon.

 

Pour plus d’information sur le champ de recherche de l’histoire environnementale, explorer la revue Environmental History qui collige un ensemble de publications sur le sujet.

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