Écotourisme

L’écotourisme est une variante récente du tourisme alternatif prenant la forme d’un tourisme de nature responsable, où l’objectif est de diminuer l’empreinte écologique des activités, de protéger la culture locale, et de financer la conservation environnementale. Cette forme de tourisme s’est par ailleurs vue être balisée en 2002 par le programme environnemental des Nations-Unies lors du sommet mondial de Québec sur l’écotourisme, qui a produit la Québec Declaration On Ecotourism, où des recommandations ont été faites aux secteurs publics et privés, ainsi qu’aux communautés locales, dans le but de développer ce tourisme alternatif de manière profitable et durable. Depuis, il a pris la forme d’un secteur à part entière de l’industrie touristique, et est la forme de tourisme connaissant la plus forte croissance année après année (Gagnon 2010). Cette croissance s’explique entre autres par les nombreux avantages de l’écotourisme, qui permettrait selon ses promoteurs d’autofinancer la conservation environnementale et même d’en tirer profit, tout en offrant aux touristes l’expérience la plus authentique qui soit. Il permettrait aussi, en permettant la recherche de profit, de retirer des mains de l’État la seule responsabilité d’établir des zones de conservation en favorisant la mise en place d’initiatives privées. Gagnon (2010), Lequin (2002) et West et Carrier (2004) le présentent comme étant un tourisme durable et responsable, où le touriste peut visiter une nature et une culture considérées comme étant authentiques en limitant au maximum les impacts néfastes de sa visite sur celles-ci.


Celestún est un village côtier de l’État du Yucatán dont une partie de son territoire terrestre et lagunaire est intégré à la réserve de biosphère éponyme. Cette mise en réserve a transformé le village, les activités économiques et les expériences de ces lieux , notamment par la croissance de l’industrie de l’écotourisme (voir Doyon et Sabinot 2015). Crédits: (image 1) Sabrina Doyon (2011), (image 2) Lorraine Malo (2016). 


L’expansion rapide de l’écotourisme a suscité l’intérêt de nombreux anthropologues et géographes, qui ont pu apporter quelques nuances à ce tourisme alternatif présenté par ses promoteurs comme étant la formule parfaite. Il a ainsi été démontré par des recherches telles que celles de de Young (1999) au Mexique, de Vaccaro (2007; 2010; 2015) dans les Pyrénées catalanes, et de Hines (2010) dans l’Ouest rural américain, que les bienfaits de l’écotourisme sont parfois exagérés.

Il est sensé diminuer les inégalités en apportant emploi et développement à des communautés souvent situées dans des régions reculées, mais les profits ont plutôt tendance à enrichir les coffres d’entreprises internationales. De même, en établissant des aires protégées servant à l’écotourisme, de nombreux enjeux d’accès aux ressources sont créés, tandis que la conservation environnementale a bien souvent tendance à être délaissée en second plan derrière la recherche de profits. La question de la marchandisation de la nature et sa définition sont d’ailleurs des thèmes abordés au sein de nombreuses recherches traitant de l’écotourisme, car l’écotourisme vise généralement à vendre un certain paysage et une certaine culture rurale ou forestière. Or, cette recherche de profit aux dépends de la conservation est l’un des éléments les plus critiqués de l’écotourisme, qui peut rapidement se rapprocher du tourisme de masse conventionnel (Duffy 2009; Cousins, Evans, et Sadler 2009).

(David Bouchard, février 2016)

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Références  :

Cousins, Jenny A., James Evans et Jon Sadler, 2009. « Selling conservation? Scientific legitimacy and the commodification of conservation tourism », Ecology and Society, 14 (1) : 1‑18.

Doyon, Sabrina et Catherine Sabinot, 2015. Anthropologie des espaces côtiers et de la conservation environnementale : pêche, sel et flamants roses dans les Réserves de biosphère yucatèques au Mexique, Québec: Presses de l’Université Laval.

Duffy, Rosaleen, 2009. « Neoliberalising Nature: Global Networks and Ecotourism Development in Madagascar », Journal of Sustainable Tourism, 16 (3) : 327‑344.

Gagnon, Christiane, 2010. L’écotourisme visité par les acteurs territoriaux. Entre conservation, participation et marché, Québec: Presses de l’Université du Québec.

Hines J. Dwight, 2010. « Rural gentrification as permanent tourism: the creation of the ‘New’ West Archipelago as postindustrial cultural space », Environment and Planning D: Society and Space, 28 (3) : 509‑525.

Lequin, Marie, 2002. « L’Écotourisme. Expérience d’une interaction nature-culture»,  Téoros, 21 (3) : 38‑42.

___, 2006, « Analyse de l’émergence d’un modèle de gestion intégrée de la forêt publique : le cas de la Société des établissements de plein air du Québec (SÉPAQ) », Téoros, 25 (3) : 21‑29.

Paige, West et James G. Carrier, 2004. « Ecotourism and Authenticity: Getting Away from It All? », Current Anthropology, 45 (4) : 483‑498.

Stonich, Susan C., 1998, « Political ecology of tourism », Annals of Tourism Research, 25 (1) : 25‑54.

Vaccaro, Ismael, 2010. « Conservationist governmental technologies in the Western European mountains : the unfinished transformation of the Pyrenees », Journal of Political Ecology, 17 (30) : 29‑41.

Vaccaro, Ismael et Oriol Beltran, 2007. « Consuming Space, Nature and Culture: Patrimonial Discussions in the Hyper-Modern Era », Tourism Geographies, 9 (3) : 254‑274.

Vaccaro, Ismael et Camila del Mármol, 2015. « Changing Ruralities: Between Abandonment and Redefinition in the Catalan Pyrenees », Anthropological Forum, 25 (1) : 21‑41.

Young, Emily H., 1999. « Balancing Conservation with Development in Small-Scale Fisheries: Is Ecotourism an Empty Promise? », Human Ecology, 27 (4) : 581‑620.

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