Ethnographie de la naturalisation du Lac Saint-Charles : la pratique de la chasse et les tanneries chez les Hurons-Wendat

Ethnographie réalisée dans le cadre du séminaire intercycle Nature et environnement: espaces « d’alternatives » et d’altérité. 
Par Simon Rioux

Les terres environnant le Lac Saint-Charles au nord de Québec (et par extension la rivière Saint-Charles qui s’y déverse) sont depuis très longtemps un territoire de chasse emprunté par la nation des Hurons-Wendats. En effet, la région du bassin-versant du Lac Saint-Charles est occupée depuis bien avant l’arrivée des Européens en Amérique par des peuples iroquoiens aujourd’hui considérés comme les ancêtres des Hurons-Wendats actuels. En plus de pratiquer l’agriculture (maïs, haricots, petits fruits et autres céréales…) qui constituait traditionnellement la plus grande partie de leur alimentation, la pêche, le trappage et la chasse se voient aussi accorder une grande importance dans leur mode de subsistance. Comme les animaux se déplacent habituellement près des cours d’eau importants, cela explique évidemment la présence des Hurons-Wendats autour des cours d’eau de la région du nord de de Québec et leur établissement dans la ville de Lorette, et maintenant dans la réserve de Wendake.

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Photographie Chasseurs indiens sur la rivière Saint-Charles, QC, peinture de Cornelius Krieghoff, copie réalisée pour la galerie d’art Watson, 1940 Wm. Notman & Son 1940, 20e siècle Gélatine argentique 20 x 25 cm Achat de l’Associated Screen News Ltd. VIEW-26197 © Musée McCord

Il faut tout d’abord comprendre que, traditionnellement, les Hurons-Wendats sont animistes, c’est-à-dire qu’ils attribuent une certaine «âme» ou conscience aux objets inanimés ou animaux (auquel on se doit de démontrer respect), une certaine agentivité «d’être au monde» si on traduit en termes anthropologiques. Ce n’est donc pas, selon leur vision des choses, le chasseur qui en vient à s’approprier l’animal et à le tuer dans une relation de domination mais bien l’animal lui-même qui s’offre au chasseur. Selon la tradition, le chasseur huron-wendat doit regarder l’animal dans les yeux au moment de le tuer et entrer en dialogue avec lui pour lui démontrer son respect. Évidemment, tout cela relève de la façon de faire ancestrale et traditionnelle, considérée idéale (et souvent idéalisée justement), mais autant au temps présent qu’autrefois, ce type de méthode n’est pas toujours nécessairement respecté. Le corps de l’animal chassé est aussi traditionnellement utilisé dans son entièreté. On utilisera les os pour construire différents outils ou objets, la peau et la fourrure pour confectionner des vêtements ou même certains objets pratiques comme des raquettes ou des paniers. Certaines parties de l’animal comme des griffes, des dents ou des épines de porc-épic sont aussi utilisées fréquemment dans l’artisanat. Les Hurons-Wendats sont d’ailleurs reconnus pour leur hospitalité envers les visiteurs de Wendake et leurs fabrications artisanales destinée à la vente.

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Estampe Un chasseur huron-wendat appelant l’orignal Cornelius Krieghoff (1815-1872) Vers 1868, 19e siècle 28.6 x 23.8 cm Achat M977.90.1 © Musée McCord

Le tannage de la peau est aussi une pratique traditionnelle chez les Hurons-Wendats de Wendake. Des outils confectionnés en os vont être utilisés pour tanner la peau, ainsi que de l’écorce pour faire ressortir les tannins. Différents procédés sont évidemment utilisés selon le type d’objet ou de vêtement que l’on veut fabriquer. Par exemple, des méthodes précises ont été élaborées pour fabriquer de la babiche, ou lanière de cuir, qui va être utilisé dans la fabrication de raquettes ainsi que de plusieurs autres objets pratiques ou d’artisanat. Traditionnellement, l’animal est utilisé dans son entièreté : sa peau, ses os, sa viande, ses organes… On trouvera même une fonction au cerveau de l’animal (chaque animal possèderait la bonne quantité de cervelle pour ce procédé), lors d’une étape impliquant le trempage de la peau et pour contrôler l’acidité de celle-ci. Cette pratique, bien que parfois dévalorisée pour toutes sortes de raisons demeure néanmoins beaucoup plus écologique que les méthodes des tanneurs «modernes» qui requièrent l’utilisation de produits chimiques acides qui seront par la suite déversés dans les égouts et les cours d’eau environnants. Bref, la pratique traditionnelle de la chasse et du tannage de la peau chez les Hurons-Wendats peut même aujourd’hui revêtir un rôle identitaire, qui réfère aux pratiques ancestrales.

Aujourd’hui, l’utilisation du territoire de chasse environnant la région du Lac et de la Rivière Saint-Charles est régie par différentes associations de chasse et pêche. Il y a également des lois, règlements et quotas de chasse qui viennent encadrer l’accès au territoire et aux pratiques traditionnelles des nations autochtones. Le trappage est également régi par des permis. Plusieurs agences vont proposer des forfaits de chasse à l’orignal, au cerf, à l’ours, aux autres petits gibiers (etc.), qui s’appliquent autant aux autochtones qu’aux autres québécois en général qui pratiquent la chasse sportive. La chasse sportive occidentale actuelle, bien que pouvant prendre différentes formes ou significations, demeure assez différente de la chasse traditionnelle autochtone, autant dans ses principes que ses objectifs, qui découlent de visions et perceptions particulières de ce qui constituent la nature ou le non-humain. On pourrait donc dire que l’on observe une certaine marchandisation (par le colonisateur, ultimement) de l’accès au territoire et aux ressources de la nature que sont les animaux dans cette optique où ils sont chassés, puis transformés ou utilisés sous différentes formes. Rappelons-nous qu’avant que les européens arrivent en Amérique, il n’y avait évidemment pas ces lois imposées ou ces obligations de respecter un certain mode d’exploitation du territoire et des animaux qui brimait la liberté des chasseurs Hurons-Wendats et de leurs pratiques traditionnelles reliées à la chasse et au tannage de la peau des animaux.

Bibliographie

Larrère, C., 2011, «La question de l’écologie ou la querelle des naturalismes», Cahiers philosophiques, 217.

Ogden, Billy Hall et Kimiko Tanita, 2013, «Animals, Plants, People, and Things A Review of Multispecies Ethnography», Environment and Society : Advances in Research, 4 : 5-24.

Organisme des brassins versants de la Capitale, 2016, Présence autochtone sur le territoire. Consulté sur internet (http://www.obvcapitale.org/plans-directeurs-de-leau-2/2e-generation/introduction2e/section-4-historique/presence-autochtone-sur-le-territoire), novembre 2016.

Sioui, L., 2016, «L’essor de l’artisanat chez les Hurons-Wendats du 19e siècle à nos jours», Musée McCord. Consulté sur internet (http://collections.musee-mccord.qc.ca/scripts/printtour.php?tourID=CW_HuronWendat_FR&Lang=2), novembre 2016.

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