La renaturalisation de la rivière Saint-Charles : une initiative citoyenne

 

Ethnographie réalisée dans le cadre du séminaire intercycle Nature et environnement: espaces « d’alternatives » et d’altérité, département d’anthropologie, Université Laval
Par Céline de Laissardière

L’histoire de la revitalisation de la rivière Saint-Charles est souvent considérée comme un leg important du maire Jean-Paul L’Allier, or peu savent qu’elle a débuté plusieurs années auparavant par un groupe de citoyens regroupés sous la bannière du Mouvement Rivière Vivante (MRV), fondée en octobre 1995 (Lauzon, 1998). La réhabilitation de la rivière Saint-Charles portée par cette initiative citoyenne représente un exemple d’engagement et d’intervention citoyens récupéré et appuyé par la politique. Retour historique.

Au début des années 1990, la Ville de Québec est fière du canal qu’est devenue la rivière St-Charles qu’elle compare à la Tamise, au Tibre et à la Seine (Naud, 1992). C’est alors qu’un groupe citoyen — connu ultérieurement sous le nom de Mouvement Rivière Vivante — entreprend de convaincre le conseil de ville de réaménager la Saint-Charles et de revoir sa position à l’égard de ce « blockhaus linéaire » (Naud, 2014), notamment le long de son cours inférieur. En effet, Léonce Naud, géographe et militant impliqué dans le MRV, souligne en 1992, dans Droit de parole, qu’« [i]l est bien curieux de constater qu’en maintes cités, les cours d’eau sont entourés d’arbres et de verdure quand ils baignent des quartiers huppés, tandis que leur [sic] rives ne sont que béton, structures et embarras divers quand ils traversent des quartiers populaires. »

La candidature olympique de la Ville de Québec en 1995 va jouer un rôle décisif dans ce projet citoyen de reconsidération de la rivière St-Charles (Lachaussée, 2016). Pointe-aux-Lièvres est toute désignée pour accueillir le futur village olympique. Dans cette optique, la ville procède à des consultations publiques au printemps 1995, qui portent sur un projet de renaturalisation de la rivière, comportant essentiellement une proposition de remblayage de plusieurs hectares avec le maintien des murs de béton (ibid.). Toutefois, quelques citoyennes et citoyens décident de saisir cette occasion pour faire entendre leurs voix et remettre en question la canalisation de la rivière. À la suite de ces audiences publiques, les trois commissaires — Paul Ohl, Denise Piché et Yves L. Pagé — font largement écho à ces interventions dans leur rapport (Naud, 2014) et, à la surprise de la Ville de Québec, recommandent que « toutes les options, y compris celle de l’enlèvement des murs, soient analysées et discutées publiquement » (Ville de Québec, 1995 : 17). Une commission consultative est alors prévue pour septembre de la même année. Durant l’été, ces mêmes citoyens mettent sur pied le Mouvement Rivière Vivante avec pour objectif la restauration et la renaturalisation de la rivière ainsi que sa mise en valeur, notamment dans sa partie la plus urbaine (Rivière Vivante, 1999 : 4). Ils insufflent alors les premières esquisses de ce qui conduira au débétonnage de la rivière.

Ce sont les efforts de ce mouvement, regroupant des personnes d’horizons diverses formant alors une cohésion contestataire solide, qui ont fini par porter fruit quelques années plus tard. Notons qu’à la suite de la publication du rapport, le MRV a bénéficié de l’appui du maire L’Allier dans la négociation du projet (Lachaussée, 2016), qui fut particulièrement attentif à ces voix citoyennes, allant même parfois à l’encontre de ses fonctionnaires.

avant

apres
Photographie des berges avant (6 mai 2005) et après (13 juin 2012) les activités de renaturalisation. Source: http://blogue.monlimoilou.com/2012/la-saint-charles-avant-et-apres-la-renaturalisation-des-berges-1/, crédit photo Jean Cazes

 

Bibliographie

Lachaussée, C. (animatrice), 2016, « Jean-Paul L’Allier ami de la rivière St-Charles », Radio-Canada cet après-midi, Montréal : Société Radio-Canada.

Lauzon, L., 1998, « Pour l’amour d’une rivière », Franc-vert, 15 (1) : 33.

Naud, L., 2014, « La victoire des « chialeux du canal » », Le Soleil [en ligne]. Disponible sur <http://www.lapresse.ca/le-soleil/opinions/points-de-vue/201401/29/01-4733567-la-victoire-des-chialeux-du-canal.php&gt; (consulté le 5 décembre 2016).

———, 1992, « La Saint-Charles : Du canal à la rivière urbaine », Droit de parole, mars-avril [en ligne]. Disponible sur <http://blogue.monlimoilou.com/wp-content/uploads/2013/09/Article_1992_04_00_-_La_Saint-Charles_-_Du_canal_E0_la_ri_vi%C3%A8re-urbaine-Journal-Droit-de-Parole-1.pdf> (consulté le 5 décembre 2016).

Rivière Vivante, 1999, « Le cas de la rivière Saint-Charles à Québec : le rôle d’un organisme de rivière — succès et embûches », Mémoire déposé au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement à l’occasion de la Consultation publique sur la gestion de l’eau au Québec, 45 p.

Ville de Québec, 1995, « Plan d’urbanisme des berges de la rivière Saint-Charles (Kabir-Kouba) et schéma de réaménagement parc Victoria : audiences publiques les 29 et 31 mai 1995 au Club social Victoria », Québec : Bureau des consultations publiques, 21 p.

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