Quelle est la place de l’éducation et du fait scientifique dans le discours sur la rivière Saint-Charles? La qualité de l’eau : une préoccupation scientifique et écologique qui trouve sa place en éducation à Québec

Ethnographie réalisée dans le cadre du séminaire intercycle Nature et Environnement: espaces « d’alternatives » et d’altérité, département d’anthropologie, Université Laval.

Par Clémence Bravetti et Stéphanie Pagé


Cet article a pour but de situer le discours éducationnel et scientifique dans les enjeux concernant la rivière Saint-Charles. Pour ce faire, nous avons réalisé une entrevue avec Olivier D’Amours, professeur en techniques de bioécologie au cégep de Sainte-Foy. Il est responsable du cours de caractérisation des milieux aquatiques, dans le cadre duquel il effectue deux sorties sur cette rivière. Elles ont pour but d’analyser son évolution physico-chimique à travers la ville de Québec. Les étudiants produisent des rapports qui sont acheminés chez les partenaires, dont l’APEL. Ces activités sont contextualisées autour de réalités politiques actuelles afin de motiver les étudiants, puisque la rivière Saint-Charles regroupe plusieurs acteurs aux buts divergents, comme dans la majorité des situations qu’ils rencontreront lors de leur parcours professionnel. Les étudiants apprennent d’ailleurs dans le cadre de leur formation à effectuer des demandes de permis, mais ces deux sorties sont organisées de manière à ne pas en nécessiter.

La rivière se divise, selon une toponymie admise, en deux parties distinctes séparées par l’emplacement de la prise d’eau de la ville. Le haut versant, en amont, est situé dans un milieu dit plus « naturel » et qui contient l’eau destinée à la consommation humaine. Il fait objet d’une grande surveillance scientifique, puisque « 400 000 personnes obtiennent leur eau potable » à partir de cet emplacement et la préoccupation de la ville de Québec et de son maire est importante à ce niveau. Puis, le bas versant, en aval de la prise d’eau et qui traverse la ville, a été renaturalisé et aménagé dans un but plus esthétique. Il est décrit, du point de vue de la qualité de son eau, comme « une rivière urbaine » par M. D’Amours. Les caractéristiques physico-chimiques de son eau sont beaucoup moins importantes aux yeux des autorités puisque cette partie de la rivière se jette dans le fleuve et s’y dilue.

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Figure 1. Panneau installé sur les berges de la rivière en aval de la prise d’eau, en milieu urbain.

Puisque l’aménagement esthétique et récréatif ne peut aller de pair avec une protection environnementale optimale, affirme le professeur en bioécologie, il faut nécessairement choisir. Toutefois, pour lui, l’éducation et la sensibilisation qu’apporte un accès favorisé à la rivière et à ses berges viennent compenser la perte environnementale associée à sa renaturalisation et à l’aménagement des berges en sentier linéaire (sédimentation, ruissellement, etc.). Ainsi, insister sur l’éducation en premier lieu entraînera une volonté citoyenne plus durable de préservation dans le futur[1]. Des coûts sont aussi associés aux projets entourant la rivière Saint-Charles, nous précise M. D’Amours. La logique de profitabilité et de rentabilité inhérente à ce discours s’inscrit dans celle du développement durable, de manière plus générale.

Pour l’instant, les préoccupations citoyennes pour la qualité de l’eau et de l’environnement sont mitigées. Si les biologistes connaissent très bien leur sujet, la revue de presse a reflété quelque chose d’intéressant : lors du cas de déversement d’eaux usées dans la rivière Saint-Charles en novembre, les titres sont très neutres[2]. L’indignation n’est pas au rendez-vous pour les médias et l’opinion citoyenne est partagée. Alors que, visiblement, quand quelques citoyens déversent leurs déchets au bord de la rivière, l’indignation est claire : « Rivière Saint-Charles : une scène déplorable »[3] titre Radio-Canada en réaction à cette photographie :

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Figure 2. Déversement de déchets par des citoyens sur les berges de la rivière St-Charles. Sources: Radio-Canada. 

La qualité de l’eau n’a que très peu d’impact sur l’esthétique de la rivière, la question est donc peu choquante, alors que les déchets déposés sur ses berges la « dénaturent ».

Nous avons remarqué que le discours scientifique sur la rivière Saint-Charles en distingue deux parties aux représentations opposées. Dans le discours de M. D’Amour, cette même dichotomie est perceptible : il qualifie le haut-versant de « quand même naturel », mais définit le bas-versant de « rivière urbaine ». C’est d’ailleurs ce qui fait de cette rivière un terrain d’étude parfait pour les étudiants puisqu’en tant que milieu ouvert, elle est influencée par de nombreux facteurs au fur et à mesure que la ville s’urbanise. Malgré le réaménagement des berges et son aspect esthétiquement attrayant, d’un point de vue scientifique, la rivière urbaine ne se qualifie pas de « naturel » : l’impact humain y est total (de par sa présence, mais aussi par le réaménagement fait de la main humaine), l’eau y est polluée et la renaturalisation n’y a pas été faite dans un but de protection environnementale. En revanche, le haut-versant, où l’impact humain réel est moindre à tous les niveaux, est considéré relativement « naturel ». En somme, sont ressortis de notre recherche deux discours différents : dans le discours scientifique des acteurs de la rivière, le « naturel » équivaut à ce qui est protégé de l’impact humain, alors qu’au niveau du discours médiatique et citoyen, la nature conservée serait plutôt associée à une nature esthétique, aménagée avec des éléments de la nature (arbre, plantes, etc.) où la pollution humaine ne vient pas déformer le paysage.

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Fig. 3 Carte interactive de la qualité de l’eau en fonction de l’emplacement. Source : APEL.

[1] http://www.sciencepresse.qc.ca/blogue/2016/11/06/gouvernance-environnementale-place-communication

[2] http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/environnement/201611/15/01-5041584-deversement-de-millions-de-litres-deaux-usees-a-quebec.php

[3] http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/789264/detritus-riviere-saint-charles

 

Bibliographie

Ouvrage

  • CHOQUETTE, C et LÉTOURNEAU, A (2008). Vers une gouvernance de l’eau au Québec. Ste-Foy, Éditions Multimondes.

Revue de presse

http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/environnement/201611/15/01-5041584-deversement-de-millions-de-litres-deaux-usees-a-quebec.php

 

Tous consultés le 6 décembre 2016

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