Écologie politique

De manière générale, l’écologie politique remet en question les explications normatives et scientifiques des changements environnementaux, souvent décrits comme résultant de causes naturelles. Les tenant-e-s de cette approche s’exercent plutôt à révéler les contextes sociaux, économiques, politiques et historiques dans lesquels s’inscrivent nos interactions avec l’environnement et la nature (Bryant 1992; Doyon 2013; Gautier et Benjaminsen 2012; Robbins 2012) – deux concepts par ailleurs fortement problématisés. L’environnement et la nature ne sont pas considérés comme des terrains neutres : ils sont façonnés par les actions humaines tant physiquement que symboliquement. Il s’agit de s’interroger quant aux effets et aux manières dont le politique s’imbrique et façonne nos environnements et comment ces interactions se retrouvent enchâssées dans des relations de pouvoir.

Écologie politique dite « classique »

Le champ de l’écologie politique s’est consolidé dans les années 1970 et 1980, notamment avec les travaux d’Éric R. Wolf (1972) ainsi que ceux de Piers Blaikie (1985) et Michael Watts (1983). Leur objectif principal était alors d’expliquer les changements environnementaux en lien avec les forces économiques, et ce, principalement dans les régions identifiées comme tiers-monde et dans les contextes ruraux (Robbins 2012: 15). L’écologie politique était alors présentée comme la fusion de l’écologie culturelle – un champ d’études qui s’intéresse aux influences de l’environnement sur les pratiques culturelles – et l’économie politique, fortement influencée par les théories marxistes (Bryant 1992; Gautier et Benjaminsen 2012: 10). Le politique y est principalement compris à travers les mécanismes du système capitaliste et du contrôle des moyens de production. Qui ont le pouvoir d’accès aux ressources naturelles et au territoire? Par quels mécanismes ce contrôle est-il mis en œuvre? Comment ces mécanismes font-ils violence aux populations locales? Ainsi, les tensions animant l’économie politique se sont intriquées aux questionnements de l’écologie politique, à savoir les tensions engendrées par le système capitaliste entre le global et le local, la détermination et la liberté, les structures et la capacité d’agir des individus.

Écologie politique « post-structuraliste »

Cette manière de questionner le pouvoir et le politique ont connu d’importantes critiques au début des années 1990 : il ne suffit pas de comprendre ces relations de pouvoir à travers un système économique, ces dernières étant beaucoup plus complexes. Effectivement, le « pouvoir » se joue également à l’intérieur de processus de production de connaissances et de leurs effets sur nos manières d’agir. Autrement dit, le politique s’incarne dans le pouvoir de nommer les choses, d’influencer et de produire des connaissances sur l’environnement – des processus qui ont tous des implications dans la manière d’influencer nos manières d’être et d’agir. Ces critiques ont alors apporté un nouveau souffle à l’écologie politique, un tournant surnommé post-structuraliste (Escobar 1999; Forsyth 2003). Une grande attention est alors portée aux discours qui participent à la formation d’idées et de concepts qui imprègnent nos manières de connaître et d’appréhender le monde. Par exemple, il s’agira d’étudier, entre autres, à quoi réfère l’idée de nature dans les différents discours promulgués par les agences internationales et comment cette notion est mobilisée.

Enfin, l’écologie politique n’avance pas «un ensemble de grandes théories ou d’affirmations »; elle mobilise « plutôt des concepts théoriques clés provenant d’écoles de pensée plus générales » (Robbins 2012b : 23). Se retrouvant bien souvent aux confluences de plusieurs corpus de littérature scientifique, l’écologie politique investit différentes thématiques comme, entre autres, celle de la conservation environnementale (Doyon 2015; Vaccaro et al. 2013; West et al. 2006), des sciences et technologies (Forsyth 2003; Goldman et al. 2011), de l’extraction des ressources naturelles (Menzie 2006; Nash 1993), des études féministes (Rocheleau et al. 1996) de l’environnementalisme (Brockington 2008; Brosius 1999), du tourisme et l’écotourisme (Duffy 2008; Ness 2005).

(Olivia Roy-Malo, février 2016)

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Références

Blaikie, Piers, 1985. The Political Ecology of Soil Erosion in Developping Countries, New-York: Longman.

Brockington, Dan. (2008). « Powerful environmentalisms: conservation, celebrity and capitalism », Media, Culture & Society, 30(4): 551-568.

Brosius J. Peter, 1999. « Analyses and Interventions : Anthropological engagements with Environmentalism», Current Anthropology, 40, (3): 277-309.

Bryant Raymond L., 1992. « Political Ecology. An Emerging Research Agenda in Third World Studies », Political Geography, 11, (1): 12-36.

Doyon, Sabrina, 2013. Une révolution de l’environnement. Ethnographie d’un village côtier à Cuba. Québec : Presses de l’Université Laval

Doyon, Sabrina et Catherine Sabinot, 2015.

Duffy, Paul R., 2008. « Neoliberalizing Nature : Global Networks and Ecotourism Development in Madagascar », Journal of sustainable tourism, 16, (3), 327-344.

Gautier, Denis et Tor Benjaminsen, 2012. Environnement, discours et pouvoir. L’approche Political Ecology, Versailles : Quae.

Escobar, Arturo, 1999. « After Nature : Steps to an Antiessentialist Political Ecology », Current Anthropology, 40, (1) : 1-30.

Menzies, Charles R., 2006. Traditional Ecological Knowledge and Natural Resource Management. Lincoln and London, University of Nebraska Press.

Ness Sally A., 2005. « Tourism-terrorism: The Landscaping of Consumption and the Darker Side of Place ». American Ethnologist 32, (1): 118-140.

Robbins, Paul, 2004. Political Ecology. A Critical Introduction. Blackwell.

Rocheleau Dianne, Barbara P. Thomas-Slayter et Esther Wangori, 1996. Feminist Political Ecology, London. Routeledge.

Watts, Michael J., 1984. Silent Violence: Food, Famine and Peasantry in Northern Nigeria. Berkeley: University of California Press. 

West, Paige, James Igoe et Dan Brockington, 2006. « Parks and People: The Social Impacts of Protected Areas », Annual Review of Anthropology, 35 (14): 14-27.

Wolf, Eric, 1972. « Ownership and Political Ecology », Anthropological Quartely, 45: 201-205.

Image utilisée: crédits Folkert Gorter, « California Aerial III », images.superfamous.com
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