Un acteur de la rivière Saint-Charles : l’ornithologue

Ethnographie réalisée dans le cadre du séminaire intercycle Nature et Environnement: Espaces « d’alternatives » et d’altérité, département d’anthropologie, Université Laval
Par Emmanuelle Bouchard-Bastien

L’ornithologue, passionné par la nature, marche le long de la rivière Saint-Charles en toutes saisons. Muni obligatoirement de ses jumelles, mais pas d’un télescope « pour aller chercher plus loin », car la rivière est proche, il écoute pour savoir si les oiseaux sont là. Parfois outillé d’un crayon et de papier, parfois armé de son téléphone intelligent et de l’application eBird, il remplit son feuillet d’observations. Voici en quelques lignes un résumé de ses expériences avec la rivière Saint-Charles.

L’accès en continu à la rivière

Le parc linéaire de la rivière Saint-Charles permet l’accès à la rivière avec ses 32 kilomètres de sentier sans interruption. Les endroits qui semblent les plus propices pour la pratique de l’ornithologie, selon les ornithologues rencontrés, sont le parc des Saules, le parc Chauveau et le secteur de l’estacade (barrage Saint-Jacques). Le secteur de la chute Kabir Kouba est pour sa part considéré comme le plus beau secteur visuellement, avec son canyon et sa passerelle. Les participants confirment que les sentiers sont très bien entretenus, qu’il y a toujours une équipe sur place pour réparer les sentiers abimés par la pluie ou pour ramasser les arbres tombés. Il y a également de nombreux stationnements.

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Parc linéaire de la rivière St-Charles. Sources: Emmanuelle Bouchard-Bastien

Il y a quelques années, certaines sections du parc étaient séparées. Par exemple, il n’y avait pas de lien entre le secteur des estacades et une partie du parc Chauveau, et le secteur du cimetière Saint-Charles, près du boulevard Hamel, ne possédait pas de sentiers. Pour remédier à la situation, il y a des endroits où les gestionnaires du parc ont dû « briser la nature » pour concevoir des escaliers et des passerelles. Mais au final, ces interventions sont un avantage pour les ornithologues, car les nouvelles infrastructures (traverses, escaliers, etc.) deviennent des endroits propices pour l’observation des oiseaux (photo 1).

La nature est bien entretenue

Les ornithologues sont des amoureux de la nature. Ils s’intéressent particulièrement aux oiseaux, mais il y a beaucoup d’autres éléments qui les interpellent, tels que les plantes, les arbres et l’écologie. De ce fait, la rivière Saint-Charles et la zone protégée et aménagée qui l’entoure sont considérées comme « un cadeau que la Ville de Québec offre à ses citoyens ». Il y a différents habitats (champs, forêts de conifères, forêts de feuillus) qui permettent d’observer une grande variété d’oiseaux, par exemple, le Chevalier grivelé, le Cormoran, le Martin Pêcheur, le Balbuzard pêcheur, le Harle couronné, la petite Nyctale et les Moucherolles phébi ou tchébec.

Les ornithologues rencontrés qualifient cette zone comme étant un îlot de verdure et de nature en ville préservée et bien entretenue. Préservée, car on y retrouve des champs, des méandres partout et des secteurs très escarpés. Entretenue, car il semble y avoir beaucoup d’efforts concernant l’aménagement paysager, la plantation d’arbres fruitiers et le contrôle des herbes envahissantes telles que les phragmites. La renaturalisation des berges du secteur des îlots il y a quelques années est également mentionnée. Ces aménagements sont une amélioration et favorisent la venue de plusieurs espèces d’oiseaux.

Un avenir incertain

Malgré la qualité actuelle des lieux pour la pratique de l’ornithologie, certains risques ont été identifiés par les répondants, soit le développement domiciliaire et la pollution atmosphérique à l’embouchure de la rivière. Le parc linéaire de la rivière Saint-Charles doit être protégé de ces menaces associées aux activités urbaines, et selon les ornithologues rencontrés, cette protection doit aller au-delà des limites du parc. Ces experts soulignent l’importance du maintien d’une zone tampon autour de la zone préservée, car la superficie du territoire naturel doit être importante et variée pour assurer la fréquentation d’une grande variété d’espèces d’oiseaux. Or, il n’est pas garanti que cette vision intégrant conservation de la nature et développement urbain soit celle adoptée par les décideurs.

Cette ethnographie de la rivière Saint-Charles est basée sur trois types de collectes de données, soit un groupe de discussion organisé avec des membres du Club des ornithologues de Québec (COQ), une recherche documentaire et de l’observation participante (photo 2). L’auteure tient à remercier chaleureusement les participants du COQ pour la générosité de leurs témoignages.

 

Bibliographie

BRUN, A., 2011, « Politique de l’eau et aménagement urbain. La « renaturation » de la rivière Saint-Charles à Québec », Norois, 219(2011), 89-107.

COQ, 2016, Club des ornithologues de Québec Inc. Consulté sur Internet : (http://www.coq.qc.ca/), octobre 2016.

EBIRD QUÉBEC, 2016, Voir et examiner les données. Consulté sur Internet : (http://ebird.org/ebird/qc/explore), novembre 2016.

OBV DE LA CAPITALE, 2014, 3.2 Avifaune et oiseaux nicheurs. Consulté sur Internet : http://www.obvcapitale.org/plans-directeurs-de-leau-2/copie-de-2e-generation-2010-et-plus/copie-de-portrait/copie-de-section-3-faune-et-flore/copie-de-3-2-avifaune-et-oiseaux-nicheurs), novembre 2016.

VILLE DE QUÉBEC, 2016, Parc linéaire de la Rivière Saint-Charles. Consulté sur Internet : (http://www.ville.quebec.qc.ca/citoyens/loisirs_sports/parc_lineaire/index.aspx), octobre 2016.

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